Le résumé
Cette thèse porte sur les formes urbaines autoconstruites dans les quartiers précaires consolidés de São Paulo, à partir du cas de la favela de Paraisópolis. Ces urbanités altérisées, souvent saisies par leurs manques, sont inscrites dans des régimes de représentation dépréciatifs qui produisent un effacement symbolique, et dont les effacements physiques constituent un prolongement. Ces regards masquent des transformations hétérogènes, qui produisent une mosaïque de situations dans un même îlot, une même rue, une même parcelle. Différentes strates d’urbanisation entrent en concurrence : les discontinuités de l’action publique, les substitutions et les améliorations, mais également les nouvelles dynamiques d’investissement immobilier informel font et défont une fabrique urbaine déjà vulnérable.
La thèse s’intéresse dès lors aux opérations morphologiques par lesquelles les autoconstructeurs édifient leur habitat et transforment progressivement la structure du quartier. Traiter de la question de l’autoconstruction permet en retour un déplacement théorique, dans la mesure où la conception, la construction et l’appropriation s’y entremêlent, estompant l’écart entre le conçu et le vécu. Le statut d’objet figé de l’édifice est ainsi remis en cause, la favela rendant manifestes des flux de matière et des sédimentations de mouvements qui constituent toute architecture.
Dans cette perspective sont analysés les tracés et marquages des sols, les modes de verticalisation, les extensions successives et les manières dont ces logiques additives conditionnent l’accès au foncier, médiatisent les relations de voisinage, et permettent de ménager l’habitabilité dans un tissu dense — au prix d’un travail gratuit, qui produit les conditions matérielles de la vie quotidienne. Il s’agit de démontrer que l’incrémentalisme constitue non seulement un trait caractéristique de ces processus de spatialisation, mais aussi une condition nécessaire à la formation et au maintien du statut de centralité populaire, permettant d’accéder à des logements et des commerces abordables dans un quartier péricentral. Ces analyses s’appuient sur des relevés menés auprès de bailleurs informels bâtissant leur logement, afin de comprendre les choix et les arbitrages qui oscillent entre subsistance et logiques marchandes. L’intérêt pour les matérialités — les raccordements structurels et reprises de maçonnerie, la disposition des objets — relève ici d’une archéologie du quotidien, croisée avec une analyse morphologique du quartier.
Ces logiques incrémentales révèlent une capacité à distribuer les mouvements et les itinéraires habitants à travers une épaisseur urbaine structurée par des fragments et des interstices, qui composent des formes ouvertes. Celles-ci inscrivent dans la matière les conditions de leur propre transformation en mobilisant une certaine prévisibilité, au-delà de l’imaginaire du bricolage, et offrent des prises pour l’habiter en conditionnant les sédimentations suivantes. Ces formes rendent ainsi possibles des présences populaires, à même de prendre place dans l’espace métropolitain.
Équipe de recherche EVS-LAURe
Thèse en cotutelle avec l’Université de São Paulo
Sous la direction de João Sette Whitaker, professeur HDR FAU USP et Vincent Veschambre, professeur HDR détaché ENSAL
Co-direction : Sandra Fiori, professeure ENSAL
Le jury
- Agnès Deboulet, professeure HDR, Université Paris 8 (rapportrice)
- Guilherme Lassance, professeur titulaire, Faculdade de Arquitetura e Urbanismo - Universidade Federal do Rio de Janeiro (FAU-UFRJ) (rapporteur)
- Rafael Soares Gonçalves, maître de conférences (professeur associé), Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro (examinateur)
- Béatrice Mariolle, professeure émérite HDR (examinatrice)
- Vincent Veschambre, professeur, HDR, (Ville de Villeurbanne, directeur du Rize) (directeur de thèse)
- João Sette Whitaker, Professeur HDR, FAU USP, (directeur de thèse)
- Sandra Fiori, Professeure, ENSA Lyon (co-directrice de thèse)