AC
TU


Continuité-discontinuité

Débat sur la permanence dans l’urbanisme de projet avec 3 praticiens de haut niveau dans la fabrique de la ville : Jean-Pierre Charbonneau, Bruno Dumétier et Stéphanie Jannin.

/ Contexte

La journée d’étude « Continuité-discontinuité » organisée le 8 novembre à 14h s’inscrit dans le cadre de l’enseignement de projet en licence 3. Elle fait suite à la journée d’étude « Démolition/Reconstruction ». Elle explore la question de l’existant dans le projet urbain, cette fois sous l’angle de la permanence.

La conservation des biens matériels, qu’ils soient patrimoniaux, pittoresques ou naturels est une pratique constituée avec des valeurs partagées et clairement énoncées. Elle s’adresse cependant à une ville homogène, à des bâtiments isolés ou à des espaces naturels.
Depuis le XXe siècle, les espaces “de connexion” ont créé “de la discontinuité par rapport aux espaces urbains antérieurs” ainsi “qu’une rupture radicale avec leurs significations et leurs services” (Choay) sur de très grands territoires. Outre leur qualité monofonctionnelle, ces espaces ont une très faible capacité d’adaptation et de mutation face aux besoins de mixité qui fondent la ville européenne (Sieverts). Ces problèmes ont été mis en exergue dans les années 80 (Panerai, Castex, Depaule…) à travers l’étude de l’évolution des villes où la forme urbaine joue un rôle stratégique. On pourrait ajouter dans la suite des réflexions des années 50, plutôt américaines par ailleurs, que la ville se coupe progressivement de son “milieu”, en rupture avec un large territoire naturel (anthropisé ou non, éloigné ou de proximité) qui a pourtant permis son propre développement (Mumford).
Actuellement, l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique renforce toute une série de relations avec la nature, déjà engagées depuis les années 90, le plus souvent via des lois nationales (loi sur l’eau, la biodiversité, l’artificialisation…) et des applications locales (décentralisation), et ce afin de trouver un nouvel équilibre avec le vivant, même si les données et l’accumulation du savoir sur les écosytèmes sont pour l’instant très partiels.
Pourtant, force est de constater que l’urbanisation y compris le réinvestissement urbain se pense encore trop souvent à travers une logique exclusive et fonctionnelle qui participe à la ville fragmentée.
L’aménagement est en effet particulièrement tiraillé entre montée en puissance de la préservation des milieux, voir leur réinvention, à faible retombée économique et fonctionnelle, et l’injonction à continuer un développement artificialisé répondant aux fondamentaux de l’habiter tel qu’il a été mis en place au XXe siècle. Il est communément admis qu’un des enjeux du projet urbain est de faire du lien (Devillers) : maintenir un équilibre, mettre en réseau, établir des possibles, atténuer les ruptures pour les plus faibles, rendre lisible et appropriable et ce, quel que soit l’évolution des modes de vie. En quelque sorte, “ménager” le milieu (Paquot) pour mieux l’habiter.

/ Problématique

Dans ce contexte de changement de paradigme et d’injonctions contradictoires, éminemment politique (Latour), la question de la hiérarchisation et/ou de la primauté est essentielle : Que faut-il prioriser et toujours au détriment de quoi ? Comment aborder la question de l’équilibre entre destruction et création ? Comment être durable dans l’instabilité qu’engendre le changement climatique ? Quels sont les bons niveaux d’intervention et comment cela se traduit dans nos pratiques ?

/ Intervenants

Jean-Pierre Charbonneau

Il est urbaniste, consultant en politiques urbaines ou culturelles. Il assiste élus et administrations dans l’élaboration de politiques urbaines : Montpellier, Périgueux, Lyon, Copenhague, Bordeaux, Saint-Denis, Saint-Etienne, Lille, Naples… Il aide à organiser moyens et méthodes pour mener à bien les projets qui les concrétisent et les accompagne jusqu’aux réalisations. Il intervient sur tous les sujets de l’urbain : les déplacements, les quartiers difficiles, les espaces publics, l’habitat, le commerce, la lumière, les espaces verts, les fleuves, les infrastructures, l’art… Ainsi, il développe dans plusieurs agglomérations françaises, en parallèle des grands projets (berges du Rhône à Lyon, Confluent à Saint-Denis…), des méthodes d’aménagement visant à « faire plus avec moins et mieux », améliorant rapidement la qualité de la vie quotidienne des quartiers par de multiples actions à faible coût. Il a été nominé pour le Grand Prix de l’Urbanisme 2002.

Bruno Dumétier

Installé à Lyon depuis 1981, il a construit et organisé sa pratique professionnelle autour de la commande publique à travers laquelle s’exprime une véritable exigence de qualité architecturale et urbaine. Il a créé l’Atelier d’Architectes Bruno Dumetier (AABD, devenu en 2008 Gautier+Conquet) puis la société Dumetier Design et exerce actuellement en libéral. Parmi ses projets urbains, il a notamment réalisé celui du Carré de Soie, les lignes de tramway de l’agglomération Lyonnaise, mais aussi les espaces publics des deux lignes de tramway à Mulhouse (trophées de l’aménagement urbain 2007). Il est architecte-conseil de l’Etat, membre de l’Académie d’Architecture, ancien enseignant de l’ENSAL et de la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (MIQCP).

Stéphanie Jannin

Enseignante et Chercheuse au laboratoire UMR Art-Dev 5281 ED544 Intermed, elle également associée-fondatrice d’Isatis, société d’urbanisme et d’architecture qui travaille essentiellement auprès des petites et moyennes communes en renouvellement urbain. Elle a été 1ère adjointe de la Ville de Montpellier et de la Métropole, en charge des politiques d’urbanisme (2014-2017) et de transition écologique (2017-2020) et vice-présidente de l’Etablissement Public Foncier d’Occitanie (2014-2020). Dans la continuité du SCoT, elle a mis en place et suivi la démarche “Montpellier Territoires”, projet de stratégie urbaine avec des leviers très concrets pour la fabrication de la sobriété et de l’efficience territoriale.

/ Programme

14h00 Ouverture par Stéphane Barriquand et Karine Lapray
14h30 Stéphane Jannin (architecte-urbaniste, enseignante, élue) : « Elaborer des stratégies de renouvellement urbain face à l’exigence de sobriété foncière »
15h30 Jean Pierre Charbonneau (urbaniste, consultant) : « Un urbaniste dans un monde en mouvement. Agir »
16h30 Bruno Dumétier (architecte-urbaniste) : « Faire la ville sur la ville, le projet urbain Carré de Soie »
17h30 : fin de la rencontre
Débat animé et préparé par Stéphane Barriquand.

/ Equipe pédagogique

Stéphane Barriquand
Karine Lapray